Semino Rossi

  

.Sémino Rossi : .l'Universo per me.

                                                                         

1 Père Moya  

  stageCe n’est pas vraiment la saison de la pêche, mais plutôt de la cheminée,

mais chez moi, où l’hiver n’existe presque pas, où l’on ne savait pas ce qu’était

un manteau (et lorsque nous en avions un, c’était plutôt pour frimer)Manteau hiver Oran.1950 (Arlette)

  La préparation de la pasta des grands-pères était mythique !!! Vu les ingrédients, on se demande comment, mais comment, les poissons pouvaient avaler ça ! Mais, allez donc savoir !!!

D’abord, en ville, pour l’avoir vécu, les pêcheurs préparaient le « brometche » ! Ne me demandez pas l’étymologie du mot, probablement un patois ibérique écorné et intraduisible dans quelque dictionnaire que ce soit !

Enfin, quand je dis qu’ils préparaient, c’est un bien grand mot, on nous envoyait plutôt à

1)Pecherie & Port de plaisance-Oran-1950-1960

la fabrique de conserverie de poissons, pas loin de chez nous, pour rapporter un seau  

de têtes et viscères de sardines, qui avaient bien marinées dans un coin de l’entrepôt !

Pour eux, les papas-pêcheurs, c’était un privilège qu’ils nous attribuaient, mais pour nous, c’était davantage un gage ou une punition que de revenir avec le contenu de cet ex-pot de peinture Pour la Pasta(pèche Raphael-Moya)de 5 kilos avec couvercle, qui servait de Tupperware !!! Et ça sentait mauvais, mais mauvais à vomir !!!

Seulement … la récompense était à la hauteur de la punition : nous avions le droit de les accompagner à la pêche ! Arrivés sur les rochers, déjà assez fiers d’y être, face à une mer de fond - cette grosse masse qui monte, sombre, qui vous fait peur, mais sans vagues, à peine un peu d’écume, qui vous soulève un peu le cœur, mon père jetait le contenu du seau de bromèche, …et là …sans attendre quelques minutes, une bande argentée arrivait … vivante …mouvante … frétillante … magnifique !

Peu nous importait : les pieds mouillés sur les rochers rugueux, pointus parfois, ce moment de communion 2) Père Moyaavec papa,

les poissons et moi était MAGIQUE ! J’aurais voulu que cela dure, dure, comme un cadeau que l’on n’ouvre pas tout de suite pour mieux savourer la surprise du contenu, comme un don du ciel, comme une offrande ! J’étais fascinée et excitée, pressée tout à coup de jeter mon roseau, du moins ma canne à pêche, dans l’eau bleue !

Et la pâte, me direz-vous ? Etait-elle la même pour tous les pêcheurs de ce pays ? Non bien sûr ! voici une recette de pâte à poissons composée de mie de pain rassis, mouillée et essorée dans un torchon, ( pas de croûte surtout, pas de croûte ) mais en revanche, des croûtes … de fromages secs, finement râpées. Le tout bien pétri, un petit morceau testé entre le pouce et l’index, pas trop humide, pas trop sec, souple et sans coller, un essai sur l’hameçon où la pâte ne devait pas tomber, même ramollie dans l’eau, et le tour était joué !

Ne me demandez pas les proportions, c’est le secret de papa !!! Mais… le premier sar argenté que j’ai péché avec cette pâte-là, au prix d’une espadrille tombée à la mer … quand j’ai crié : « Papa, papa ! Regarde ! J’en ai un ! »  Jamais … au grand jamais, je ne pourrai oublier cette première prise !!!

Et à côté, papa, goguenard, poursuivait son observation du bouchon dans l’eau, espérant ramener outre les dorades et Sar Commun (poisson)les sars …

Palomine de Méditérrannée(poisson)une palomine,

au goût si savoureux, meilleur qu’une sole, une mignonne petite palomine, mon poisson préféré, toute lisse, toute belle, rien que pour moi, rien que pour l’échange d’un regard et d’un sourire ravis et complices, devant mon père … « ce héros au regard si doux » … pas si doux que ça à vrai dire, mais vu comment les narines de son nez palpitaient … il était fier de transmettre un peu de son savoir-faire, sans un mot de trop, sans compliment, tout dans l’expression de son visage !!!

La pâte des villes et la pâte des champs faisaient bien causer dans les chaumières et dans les cabanons, dans tous les groupes de pêcheurs qui rivalisaient d’ingéniosité pour trouver le juste milieu et comparer les pêches fructueuses … caldéros à gogo, avec les petites pêches … juste pour la friture du soir, et celles si fructueuses que l’on en distribuait aux voisins, poissons propres, éviscérés et sans écailles je vous prie (honneur oblige !)… prêts à sauter dans la farine.

C’est la pâte du souvenir, c’est la pâte

 Jolie-Fillette--.gifde l’enfance,

avec l’image des multicolore Demoiselle(poisson)« demoiselles » ces poissons multicolores qui rehaussaient ce gris-bleu encore frétillant dans le « sarnacho » de papa !

Ceux qui ne savaient pas la faire cette pâte, et ne s’en vantaient pas croyez-moi, pêchaient à la crevette, au calmar ou à la sardine !

Les malheureux !!!

Texte d’Arlette

& Lien versà   Une vie !!! et des anecdotes

Le Papé

 poupon henri papet
Très beau texte :
de Yolande VERCASSON 
Il se tenait assis tout au bout de la table
Et nous impatientait souvent par sa lenteur.
On le voyait si vieux, si courbé, pitoyable,
Que l’amour peut à peu cédait à la rancœur.
Je le suivais partout ! c’était là, dans ma tête !
Il me suivait des yeux lorsque je travaillais,
Proposait de m’aider, maladroit, l’air tout bête !
Il gênait nos projets, notre vie, le papé !
Au bout de quelques temps, prétextant les vacances,
Je le menais plus haut, au flanc du Luberon
« Tu seras bien là-bas. Tu verras la Durance
Du haut de la terrasse de la grande maison.
Ces maisons-là, papé, sont faites pour les vieux.
Regarde comme ils semblent bien, ils ont l’air très heureux ! »
« Comme tu veux, petite, si c’est pour ton bien-être.
Monte de temps en temps, le dimanche peut être ? »
Je l’ai laissé tout seul, vivement, pas très fière.
L’air était encore chaud, pourtant je frissonnais,
Et le chant des oiseaux voletant sur le lierre
Me disait doucement : « Qu’as-tu fait du papé ? »
Les jours se succédaient, je cherchais la quiétude
Le travail me prenait, j’essayais d’oublier,
De noyer mes regrets au fil des habitudes,
Les souvenirs d’antan rappelaient le papé.
Même dans le mistral qui rasait la garrigue
Pour venir s’écraser au butoir de la digue
J’entendais cette voix qui ne cessait jamais
De dire à mon oreille : « qu’as-tu fait du papé ? »
Chaque brin de lavande, de thym, de romarin,
Me reprochait sans fin l’absence de l’aïeul.
Le murmure des sources dans le petit matin
Chantait sur mon cœur lourd des cantiques de deuil.
Le remord lentement s’installait dans ma vie.
Je revenais m’asseoir ou il s’était assis,
Sur le banc de vieux bois, près du puits, sous le chêne,
Et je laissais errer mes pensées sur la plaine.
Alors, je l’ai revu, avant, lorsqu’il marchait
Jusqu ‘au seuil de l’école, pour venir me chercher.
Je sautais dans ses bras, je l’embrassais, tout doux,
Et nichais tendrement ma tête sur son cou.
Il me portait un peu, puis, ma main dans sa main,
Il ajustait son pas pour bien suivre le mien.
Il m’expliquait les bois, les cabris, les moutons,
Les abeilles dorées et les beaux papillons.
Il cueillait aux buissons des réserves de mûres
Et m’offrait les plus grosses comme un présent de choix.
Il riait bruyamment en voyant ma figure
Barbouillée des reliefs de ce festin de roi.
Le soir près de mon lit, il venait me bercer
De chansons provençales, d’histoires de bergers.
Je m’endormais heureuse de sa chaude présence,
Pleine de rêverie, d’amour, de confiance.
Au long des souvenirs, mon cœur plein de pitié
A trouvé le repos. J’ai repris le sentier
Pour revenir tout droit à la grande maison.
Retrouver le papé, lui demander pardon.
J’ai pris tout simplement sa main, sans rien lui dire.
Une larme brillait au milieu du sourire.
Et c’est moi, cette fois, tout au long du chemin
Qui ajustais mon pas, pour bien suivre le sien.
Un papé c’est précieux, c’est tant de souvenirs !
Si vous en avez un, jusqu’au bout de vos jours,
Gardez-le près de vous. Quand il devra mourir,
Vous fermerez ses yeux dans un geste d’amour.
Aujourd’hui, par hasard, si le chant des cigales
Me pose la question tant de fois redoutée,
Je peux, le cœur tranquille, en digne Provençale
Répondre fièrement : « il est là, le papé »
PAPET
& Lien vers à Poèmes : de Paulinette

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