a.x-et-p.s@paulinette49.net
Ce n’est pas
vraiment la saison de la pêche, mais plutôt de la cheminée,
mais chez moi, où l’hiver n’existe presque pas, où l’on ne savait pas ce qu’était
un manteau (et lorsque nous en avions un, c’était plutôt pour frimer)
,
La préparation de la pasta des grands-pères était mythique !!! Vu les ingrédients, on se demande comment, mais comment, les poissons pouvaient avaler ça ! Mais, allez donc savoir !!!
D’abord, en ville, pour l’avoir vécu, les pêcheurs préparaient le « brometche » ! Ne me demandez pas l’étymologie du mot, probablement un patois ibérique écorné et intraduisible dans quelque dictionnaire que ce soit !
Enfin, quand je dis qu’ils préparaient, c’est un bien grand mot, on nous envoyait plutôt à
la fabrique de conserverie de poissons, pas loin de chez nous, pour rapporter un seau
de têtes et viscères de sardines, qui avaient bien marinées dans un coin de l’entrepôt !
Pour eux, les papas-pêcheurs, c’était un privilège qu’ils nous attribuaient, mais pour nous, c’était davantage un gage ou une punition que de revenir avec le
contenu de cet ex-pot de peinture
de 5 kilos avec couvercle, qui servait de Tupperware !!! Et ça sentait mauvais, mais mauvais à vomir !!!
Seulement … la récompense était à la hauteur de la punition : nous avions le droit de les accompagner à la pêche ! Arrivés sur les rochers, déjà assez fiers d’y être, face à une mer de fond - cette grosse masse qui monte, sombre, qui vous fait peur, mais sans vagues, à peine un peu d’écume, qui vous soulève un peu le cœur, mon père jetait le contenu du seau de bromèche, …et là …sans attendre quelques minutes, une bande argentée arrivait … vivante …mouvante … frétillante … magnifique !
Peu nous importait : les pieds mouillés sur les rochers rugueux, pointus parfois, ce moment de communion
avec papa,
les poissons et moi était MAGIQUE ! J’aurais voulu que cela dure, dure, comme un cadeau que l’on n’ouvre pas tout de suite pour mieux savourer la surprise du contenu, comme un don du ciel, comme une offrande ! J’étais fascinée et excitée, pressée tout à coup de jeter mon roseau, du moins ma canne à pêche, dans l’eau bleue !
Et la pâte, me direz-vous ? Etait-elle la même pour tous les pêcheurs de ce pays ? Non bien sûr ! voici une recette de pâte à poissons composée de mie de pain rassis, mouillée et essorée dans un torchon, ( pas de croûte surtout, pas de croûte ) mais en revanche, des croûtes … de fromages secs, finement râpées. Le tout bien pétri, un petit morceau testé entre le pouce et l’index, pas trop humide, pas trop sec, souple et sans coller, un essai sur l’hameçon où la pâte ne devait pas tomber, même ramollie dans l’eau, et le tour était joué !
Ne me demandez pas les proportions, c’est le secret de papa !!! Mais… le premier sar argenté que j’ai péché avec cette pâte-là, au prix d’une espadrille tombée à la mer … quand j’ai crié : « Papa, papa ! Regarde ! J’en ai un ! » Jamais … au grand jamais, je ne pourrai oublier cette première prise !!!
Et à côté, papa, goguenard, poursuivait son observation du bouchon dans l’eau, espérant ramener outre les dorades et
les sars …
une palomine,
au goût si savoureux, meilleur qu’une sole, une mignonne petite palomine, mon poisson préféré, toute lisse, toute belle, rien que pour moi, rien que pour l’échange d’un regard et d’un sourire ravis et complices, devant mon père … « ce héros au regard si doux » … pas si doux que ça à vrai dire, mais vu comment les narines de son nez palpitaient … il était fier de transmettre un peu de son savoir-faire, sans un mot de trop, sans compliment, tout dans l’expression de son visage !!!
La pâte des villes et la pâte des champs faisaient bien causer dans les chaumières et dans les cabanons, dans tous les groupes de pêcheurs qui rivalisaient d’ingéniosité pour trouver le juste milieu et comparer les pêches fructueuses … caldéros à gogo, avec les petites pêches … juste pour la friture du soir, et celles si fructueuses que l’on en distribuait aux voisins, poissons propres, éviscérés et sans écailles je vous prie (honneur oblige !)… prêts à sauter dans la farine.
C’est la pâte du souvenir, c’est la pâte
de
l’enfance,
avec l’image des
« demoiselles » ces poissons multicolores qui rehaussaient ce gris-bleu encore frétillant dans le « sarnacho » de papa !
Ceux qui ne savaient pas la faire cette pâte, et ne s’en vantaient pas croyez-moi, pêchaient à la crevette, au calmar ou à la sardine !
Les malheureux !!!
Texte d’Arlette
& Lien versà Une vie !!! et des anecdotes
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