-Tous les textes présent sont propriétés  d' Arlette X-  
***************************************************************************
Diaporama
1Clik sur l'image 
 
2.Escapade à Madrid.01-02.2010.Paula 2.Escapade à Madrid. 01-02.2010.Paula

 

*******************************************************************************************

 

{ 1 }  Escapade à Madrid
Madrid, Madrid !!! Voilà de nombreuses années que je cours après ! Pas après Madrid non, mais après la toile de Guernica de Picasso ... qui se trouve à Madrid ! Elle était à Barcelone et elle ne l'est plus depuis

quelques temps ! Le prétexte de mon anniversaire pour le mettre à exécution met le processus en marche.  Vingt neuf janvier ... me voilà partie avec ma jeune soeur !

Aéroport de St Exupéry à Lyon, c'est sous la neige que l'avion décolle. Je me suis préparée psychologiquement depuis cet été, et je suis soulagée que rien ne soit venu contrecarrer ce projet, quoiqu'il s'en soit fallut de peu !!! Je me suis interdit les refroidissements, la grippe, la gastro, la jambe cassée et j'en passe !!!   

        Et nous arrivons à Madrid, par un début d'après-midi resplendissant, un peu froid mais d'une luminosité extrême. Nous voilà sur la Gran Via, grosse artère de Madrid, bouillonnante de monde ! Je suis scotchée par cette animation que je n'imaginais pas: je voyais cette ville un peu surannée, plus calme, moins peuplée. La surprise est donc totale, moi qui suis pourtant une citadine indécrottable ! 

        Bagages déposés à la hâte, nous voilà remontant la Gran Via, nez au vent, avec une vraie frénésie, et après un chocolat et croissant au "Pain quotidien" oui ! Français ! Voilà plus de 20 ans que j'attends ce moment, disant à qui voulait bien l'entendre "que je ne voulais pas mourir avant d'avoir vu Guernica" ... et ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, croyez-moi !!!

Cette Gran Via était avant, l'avenue des légumiers, des charpentiers, des tapissiers, des électriciens,c'était  le coeur bouillonnant de la Cité.

Chaque coin de rue est une découverte, et nous arrivons jusqu'à la Plaza de España: buildings du style stalinien, elle ne laisse pas indifférent, et fut au temps de leur construction, l'un particulièrement en forme de pyramide, l'un des plus hauts du monde. Il écrase un peu la statue de Miguel de Cervantes, le plus célèbre écrivain du Siècle d'Or. On reconnaît la statue équestre de Don Quichote, son héros et Sancho Panza, son fidèle compagnon d'infortune. L'été, les pelouses sont utilisées par les Madrilènes pour leur fameux farniente.  

        Nous poursuivons notre découverte jusqu'au Palais Royal, pas loin, toujours sous ce ciel bleu permanent. Une voiture de la Guardia Civil stationne devant, et sans hésitation, je demande (sourire candide à souhait et curieux ) au chauffeur, qui descend promptement ... si le roi Juan Carlos est là ! Bien sûr que non, c'était une "broma" (blague) pour le voir réagir !!! Ce palais ne sert plus qu'aux réceptions officielles. Le Roi habite où ? Mais oui où ? Au Palais plus modeste de la Zarzuela  bien sûr... à ne pas confondre, ni avec la danse du même nom, ni avec le délicieux assortiment de poissons en sauce (je vous donnerai la recette si vous me la demandez !) servi dans tous les bons restaurants du pays ! 

        Plaza Dos de Mayo qui commémore la résistance aux troupes napoléoniennes le 2 Mai 1808, nous passons sur la Plaza de Oriente, et son célèbre café du même nom, joliment d'un autre siècle, lieu de rencontres des intellectuels de l'époque, genre Café Flore à Paris ! 

        Et nous remontons derrière l'Opéra, pour arriver sur la fameuse Puerta del Sol ! Cette place, dont les uns disent qu'elle proviendrait d'un ancien château  qui portait l'effigie d'un soleil sculpté, d'autres se fondent sur son orientation du soleil couchant ! Peu importe, elle foisonne de vie et il y a du monde par--tout, autant que dans ses 9 rues qui l'entourent. C'est là que l'on se donne rendez-vous pour les virées nocturnes ! Musique, orchestres de mariachis, mimes des plus insolites, de l'indien d'Amérique à l'homme de sable, de l'ange doré au corsaire, de l'homme sans tête au WC d'où sort une main gantée de noir au moment où vous vous attendez le moins, tout incite à l'étonnement et au ravissement de cette ambiance festive. 

        Le soir de la Saint Sylvestre, il est d'usage de manger un grain de raisin, pépins compris, à CHAQUE battement de cloche annonçant la nouvelle année. Tout le pays est attentif à une horloge: celle de la Puerta del Sol, pour fêter le changement de calendrier. L'évènement est diffusé dans tout le pays, en direct à la télévision ... une présentatrice se serait fait virer pour n'avoir pu remplir son rôle à la lettre !!! Vaya raisins ! ... « de la colère » devait-elle penser... Je repère une magnifique boutique d'éventails, de parapluies et d'ombrelles dont les articles datent (dans leur forme) d'il y a au moins cinquante ans : ivoire et dentelles, poinçons d'or, grands et petits modèles témoignent de l'aristocratie passée, où les dames s'éventaient  avec frénésie ... les soirs d'été, quand la chaleur encore tiède, leur permettait de sortir faire leur "paséo" (promenade), et montrer avec grâce, dans un léger mouvement de nuque, leur mantilles de fine dentelle.

        Demain nous poursuivrons nos découvertes, car nous allons manger dans ces célèbres "bars à tapas", le Muséo del Jamon" plus précisément, qu'une jeune madrilène dans l'avion, nous a chaleureusement recommandé et où l'on vous propose des "porciones" (parts) de tortilla, de moules, de calmars, de crevettes décortiquées, d'empanadas fourrées (chaussons) de légumes ou de thon, et le fameux "jamon ibérico" (jambon ibérique) coupé très fin, qui va du « ibérico » à "la pata negra" et au "jabugo" le nec plus ultra des jambons où les porcs sauvages se nourrissent de glands des forêts des Alpujarras ! Le tout arrosé de ce que vous voulez,
mais avec un vin de Rioja... c'est divin !
 
  _______________________________________________________________________________
  ESCAPADE A MADRID { 2 }

       Au Paradiso del Jamon (Le Paradis du Jambon) vite repéré (car il fallait bien manger un peu après ces premières découvertes), nous nous plongeons dans cette ambiance très particulière de ces bars, ces bars où l’on ne boit pas seulement, mais où l’on mange aussi, sans que cela soit vraiment un repas, mais une espèce de « brunch » à l’espagnole. Comme nos horaires français sont légèrement décalés avec les leurs, ça tombe bien, on trouve une table sans jouer des coudes. Il est vingt heures, et ce n’est même pas encore l’heure de l’apéritif chez eux !  

Et l’on se jette sur la fameuse tortilla (omelette) de pommes de terre et oignons qui peut se manger chaude, tiède ou froide ! Fameuse ! Vous me direz, qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour réussir une omelette ? Eh bien non ! Le savant dosage de pommes de terre et d’oignons, la cuisson, le nombre d’œufs et le moelleux,  n’est pas un vain mot !  

Elle était sublime cette omelette … peut être parce que nous avions très faim ? Accompagnée de moules cuites (des espadrilles comme je les surnomme, parce qu’elles sont grosses, longues et bien remplies),  recouvertes de petits légumes crus finement hachés, (un peu comme ceux qui accompagnent le Gaspacho andalou) était une découverte !  

J’ai beau bien connaître des plats de ce pays, je découvrais cette nouvelle recette. Une part de tarte amandine et le tout arrosé d’un bon vin … hum ! Belle récompense de la journée. Il n’est pas très tard, mais les rues fourmillent de monde !  

Les trottoirs débordent, les gens parlent, rient, ne se pressent pas, c’est la balade du soir, le fameux « paséo » ! On stationne un peu, on s’attarde dans un magasin … tout est bon pour flâner. Et ce ne sont pas que de jeunes personnes qui sillonnent ces trottoirs ! Tous les âges sont là : les Madrilènes ont la réputation de savoir échanger et si vous demandez un renseignement, on vous accompagnerait presque ! 

 Tout ça est bien chaleureux, agréable et doux à vivre … juste ce qu’il faut pour rentrer enfin dans ce charmant hôtel de la Gran Via, pas luxueux mais  confortable, avec ce petit plus des gérants ou propriétaires de l’hôtel, entre cinquante et soixante ans, qui vous accueillent comme si vous étiez leur famille ! On se sent en confiance, protégées. Et nous nous coucherons avec cette douce sensation d’être « comme chez soi » et pourtant bien loin de chez nous ! 

SAMEDI 30 Janvier : Premier réflexe : ouvrir la fenêtre pour voir le temps qu’il fait (nous ne sommes pas au printemps encore où la question ne se pose plus en Espagne !) Le ciel est tartiné de bleu intense, qui vous met déjà d’excellente humeur. A nous l’aventure du matin, à commencer par une petit déjeuner local.    

          Renseignés par notre gérant, juste derrière, une grande rue sillonnée de bars et restaurants. Nous entrons au « El Rincon Abulense ». C’est assez calme, car nous sommes samedi et le Madrid qui travaille se prélasse probablement chez lui, avec ses enfants, sa douce compagne (j’imagine Penelope Cruz dans Volver,  superbe de simplicité, et non  pas comme dans la pub de Garnier « où nous le valons bien !!! »). La belle-mère peut être ?  Non ! Pas déjà, le pauvre, laissons-le respirer un peu ce travailleur, la belle-mère, c’est après … si elle n’habite pas loin ! 

Là, on s’occupe de nous comme des invités : Café, jus de fruits,

 tartines et croissant … super pour démarrer une journée de musée car notre intention, sans attendre, c’est d’aller voir Guernica au Musée de La Reina Sofia … comme si l’on craignait une empêchement quelconque à la dernière minute … il y a eu un incendie dans la nuit … on l’a volé ( ???) serait-ce possible, je vais dégringoler l’escalier que sais-je encore !

 Mais avant, il faut découvrir et profiter de notre parcours pour s’arrêter, clicher, nez en l’air, car tout est beau dans cette ville de plus de trois millions d’habitants.

 Le dôme de l’édifice Métropolis, tout d’ardoise bleue et de dorures construit en 1910, choqua en son temps les esprits les plus conservateurs, pour son style moderniste français assez avant-gardiste ! Au sommet, une statue en bronze de quatre mètres de haut couronne le tout : c’est beau comme tout, et le reste en stuc et marbre blanc se détache du ciel bleu comme en 3D ! En face, l’ex Telefonica ( les télécoms chez nous) s’étale dans une architecture édifiée en trois phases en 1929. Il abrite maintenant diverses expositions contemporaines (d’ailleurs l’une d’elle se met en place car une grande grue transporte de magnifiques panneaux de verre bruni. Sa finition dentelée et sa variété de matériaux allègent son caractère massif et imposant. 

         Et au beau milieu de ce carrefour, la fontaine de La Cibeles, déesse et fille du ciel et de la terre dans la mythologie gréco-latine. Toute de marbre blanc, fière et rêveuse à la fois, elle apparaît assise dans un char tiré par deux lions majestueux. Mais si elle a une importance symbolique, c’est qu’elle est par excellence l’endroit des célébrations footballistiques. Si le Réal gagne le championnat d’Espagne ou la Coupe d’Europe, les joueurs viennent se faire acclamer toute la nuit, telles des idoles païennes ! J’imagine sans peine l’ambiance et les échanges des spectateurs cette nuit là !        

Et on continue jusqu’à la Puerta de Alcala ! Elle n’est pas particulièrement belle, mais c’est le symbole de l’entrée de la ville, avant d’être détrônée par les tours Kyo à la Plaza de Castilla. Cette porte marquait l’entrée de la ville aux visiteurs de Barcelone et de France. Elle était aussi la rue autorisée à la migration des moutons à travers toute l’Espagne, une fois par an ! Ce devait être épique, entre les bêlements des moutons, les cris des bergers pour les grouper et les commentaires amusés des curieux ne ratant rien du spectacle !

 

 ____________________________________________________
 

Escapade à Madrid { 3 }

  Notre intention étant d’aller jusqu’à la Gare d’Atocha, qui est un monument en soi, nous longeons l’énorme parc du Retiro (et c’est long !) pour déboucher juste devant la gare ! Pas le meilleur côté, mais on en fera le tour  .  D’ailleurs la façade en vaut la peine ! C’est un modèle d’architecture ferroviaire du XXème siècle qui accueillait en 1992 le premier train à grande vitesse espagnol, qui relie Madrid à Séville en deux heures trente précises. Inspirée des travaux de Gustave Eiffel, l’architecte Alberto de Palacio a su marier verre et fer forgé avec beaucoup d’élégance.  Mais à l’intérieur, c’est le pompon !
 Un luxuriant jardin exotique
 humidifié en continu, occupe une grande partie du hall ! C’est joli, rafraîchissant ! On croirait entrer au Paradis Terrestre, véritable havre de paix au milieu de la cohue des voyageurs ! C’est impressionnant, mais on n’oublie pas cet affreux attentat perpétré le 11 mars 2004, qui est rappelé dans plusieurs plaques dans la ville ; et comme c’était horriblement dramatique, l’espace de quelques secondes, j’en ai eu le cœur serré.
      

     Après moult renseignements pour aller à Tolède, pas loin, soixante dix kilomètres en gros, mais il faut un train, un car, bref un peu compliqué pour une seule journée, la gare routière étant loin, pas celle prévue pour Tolède, on l’oublie pour l’instant … sans renoncer pour autant !

     Alors, direction El Centro de Arte de la Reina Sofia !
 Quel honneur d’avoir un musée  qui porte votre nom, surtout de son vivant ! Il fait tellement beau, que l’on regrette presque de s’enfermer ! Mais non, mais non, on est venues pour « ça » !!!
    

      Repérage des lieux, c’est dans un ancien hôpital construit en 1776 que ce musée d’art contemporain a vu sa surface augmenter considérablement par l’architecte Jean Nouvel, permettant de déborder sur la Ronda de Atocha  et de gagner ainsi de nouvelles salles.
Flanqué de deux ascenseurs en verre,
 construits à l’extérieur pour accéder aux salles, nous pouvons apprécier  un panorama original du vieux Madrid.

     Plus d’une vingtaine de salles sont consacrées à la peinture des XIXème et XXème siècles avec de nombreuses œuvres surréalistes et avant-gardistes espagnoles.    

     Bien entendu, nous ne manquons pas les toiles de Salvador Dali, dont « Le Grand Masturbateur » : Cet artiste nous faisait rire avec sa pub « Yé suis fou … du chocolat Lanvin ! », mais à regarder sa peinture, ses fantasmes insolites et les titres qu’il leur a donné, relève d’un exercice extrêmement intéressant, et s’il n’y avait pas le titre, qu’aurais-je mis moi à sa place ???    

     Celles du Catalan Juan Miro 
(épurées au maximum) et les sculptures cubistes de
Julio Gonzales
 nous renvoient à une époque des plus novatrices de notre siècle. On aime ou on n’aime pas, ce n’est pas un problème, moi je suis là pour voir …..
GUERNICA de Pablo Picasso !

Pablo ! Quelle découverte lorsque j’ai approfondi ta peinture, toutes tes périodes, la bleue, la rose, l’arrivée du cubisme, « Les Demoiselles d’Avignon »
 ton rapprochement avec Cézanne, le Bateau-lavoir … que je suis allée voir pour toi, pour te situer dans ton contexte ! Tu es un drôle de bonhomme, exécrable, tyrannique, radin, pas facile à vivre, aimant les femmes … mais la peinture par-dessus tout , et ce talent inné ou acquis, je ne fais pas de distinction ! Je regarde et j’attends mes sensations sans tenir compte des avis autour de moi ou ailleurs ! « Cette peinture de gosse, même pas à mettre dans les chiots, n’importe qui peut en faire autant et patati et patala » !

      Quand on a fait un peu le tour de ton personnage, c’est à partir de là qu’on peut aimer ou détester ta peinture et quand Henri Georges  Clouzot t’a filmé « à l’œuvre » faisant et défaisant,
et fixant ton dernier regard sur ton travail … là, on a compris ce que c’est que le talent d’un mortel !!!
    

      Alors, mon arrivée devant GUERNICA, pas le poster,
 la vraie, la vraie de vrai,  marquera à jamais la fin de mon existence ! Je te cours après depuis vingt ans, croyant voir cette toile de 7,74 mètres d’abord au Petit Palais à Paris lors d’une grande expo « Quatre siècles de Peinture Espagnole » … Il y avait bien là toutes tes esquisses, mais pas la toile ! Au Musée Picasso à Paris, non plus, tu étais à New York, à Barcelone  où je comptais te voir… on venait de te transférer à Madrid !
    
     Et là !  Juste avant d’arriver en face de ce que j’attends depuis si longtemps, je traîne un peu, une émotion intense m’étreint, m’étreint, c’est idiot, c’est stupide comme … comme si je voulais encore garder quelques minutes « le temps d’attendre, le temps de désirer encore, le temps de jouir d’un bonheur exceptionnel » !  

      Mes larmes coulent malgré moi, libératrices et bienfaisantes !
Je le vois enfin ce tableau,
avec toute sa force, toute sa violence, tout ce que son créateur a pu éprouvé quand il l’a peint ! Sa haine face à ce massacre gratuit, d’un un petit village basque qui n’avait fait de mal à personne, uniquement pour tester le matériel allemand, on bombarde  sur les ordres de Franco ! Guernica restera un des rares témoignages de la barbarie des peuples qui passera à la postérité !

     Je me serai bien assise sur le sol, rien que pour toi, ne craignant ni le temps, ni le ridicule, mais c’était interdit, alors j’ai tourné, je suis revenue, selon l’affluence des visiteurs, te regarder encore et encore, détailler sur le mur en face, l’œil humide, l’évolution du travail de quelques semaines à peine, le premier gribouillis, plein de force et de fureur, la suite, et les modifications pour arriver à la toile finale !  
En regardant les autres œuvres dans la salle à côté toujours consacrées à Picasso
, nous avons pu bavarder avec une gardienne du musée qui, adorablement nous a permis de prendre une photo, de cette salle uniquement … mais on la voit quand même et je n’oublierai jamais le visage de cette femme, face à mon émotion !!! Photo volée restera précieuse ! Quelques secondes, je l’ai bien enviée cette
dame, de travailler au centre de toute cette beauté !
 
    Nous ne quittons pas les lieux sans regarder le film d’archives sur le bombardement de Guernica et les évènements de l’époque sur la souffrance de ce peuple.
 
    Puis nous terminons notre début de soirée par une grande pause au « El Rincon del Café » plein à craquer, joyeux et tellement convivial ! Le chocolat chaud était sublime … quant à la madeleine  qui l’accompagnait, énorme, succulente … j’en aurais même mangé le papier !!! Contentes de nous poser avant de se faire un petit resto madrilène digne de ce nom et chaudement recommandé par des amis ! On a toujours de bonnes adresses dans nos agendas, histoire de comparer, tester et celui-ci nous propose de la viande d’Argentine, paraît-il à tomber par terre !!!
 
_________________________________________________________________________
Escapade à Madrid [4]

Retour à l’hôtel, mais là nous n’en pouvons plus de « pataner » toute la journée, alors nous prenons le métro ! Ce n’est pas que j’en raffole de cette ambiance de troupeaux humains qui me stresse un peu, mais la fin justifiant les moyens, en dix minutes nous serons à destination ! Alors, bravons la foule, rentrons avec les moutons et pour rendre ce moment plus agréable, Marcelle fait sa fière (c’est elle qui le dit) en récitant une tirade de « La vida es un sueño » la vie est un songe, de
Pedro Calderon de la Barca
…sous le regard amusé et attendri d’un bel hidalgo probablement surpris d’entendre deux françaises, et l’une d’elle surtout, parler la langue de Cervantes avec autant de mémoire et d’emphase !!!

Extrait :

«Qué es la vida ? Un frenesi ?

Qué es la vida ? Una ilucion ?

Una sombra, una ficcion, que el mayor bien es pequeño y toda la vida es sueño y los sueños son ! »

Traduction : Qu’est-ce que la vie ? Une frénésie ?

Qu’est-ce que la vie ? Une illusion ?

Une ombre, une fiction, que le grand bien est peu, et toute la vie est un rêve,  et les rêves sont grands ! »

            Ce n’est pas fini ! On se refait une beauté et on ressort … on a encore du … ressort !!!

Il y a du monde partout, beaucoup de latinos et pas mal de chinois aussi (je n’en ai pas fini avec eux) dans une ambiance festive, des jeunes des moins jeunes, des mayores (plus âgés) comme ils disent ! Il est 22 heures et vous ne me croirez pas, une manif se met en place !!! Chez nous c’est à 10 heures … du matin, au pire à 14 heures, histoire d’être libre pour le goûter !

       En revanche, l’ambiance est bon enfant, contre la crise, la pollution etc! Et ça chante et ça crie ! Normal : une manif, ce n’est pas une procession de carême !!! Il y a du monde, mais nous ne nous laissons pas embarquer dans l’aventure et nous nous installons au « Mario » resto à la viande argentine !!!

     A côté de nous, un couple inénarrable ! Il faut que je vous raconte. Elle, plutôt pas mal, genre Evelyne Thomas, présentatrice révolue de la télé, en mieux, bien fringuée, diamant à l’annulaire, c’est samedi soir, on sort madame! Lui, plutôt costaud, la belle quarantaine ! Ils étaient tous les deux, raides comme des passe-lacets, elle, tirant une tête de trois pieds de long et nous nous demandions si c’était pour fêter une rupture qu’ils étaient là !

        Champagne, ils boudent les tapas délicieuses que l’on vous sert pour patienter, attaquent une énorme salade composée, suivie d’une dizaine de tournedos à loucher dessus … sans décocher trois phrases !!! Je remarque qu’ils portent l’alliance à la main droite, donc des Madrilènes ! Difficile de ne pas rire dans ces moments-là, et juste un peu après le dessert, elle se décide à étirer légèrement les lèvres ; les tournedos avaient dû trouver le chemin de la sérénité je suppose, et nous avons quitter le resto sans avoir entendu le son de sa voix ! Un jeune couple qui voulait partager la note, et un autre  d’homosexuels, en face de quatre pantagruelistes  qui enfournaient qui enfournaient  … et vous avez le tableau complet de l’environnement de ce soir là ! Au bar, on ne peut pas mettre un pied,  tout juste si l’on aperçoit les « camareros » (serveurs) !

      Et nous rentrons tranquillement, il est minuit, les horloges sonnent tous les quarts d’heure, même si les cadrans fluorescents étalent leur modernisme. Les passages cloutés (pasos cebras) font « piou-piou » quand c’est vert, où se croisent des « monton de gente » (foule), sans s’inquiéter de l’avenir, avec un sens de la convivialité innée ! Cette ville qui bouillonne d’énergie apparemment sans limites, en perpétuelle effervescence n’a pas fini de m’étonner !

      Demain, eh bien,
c’est El Monasterio de las Descalzas Reales et le Prado ! Tenez-vous bien, on arrive !!! Pour l’heure, on va se coucher.

          DIMANCHE 31 JANVIER

            Le dimanche, beaucoup de bars et restaurants  sont fermés ! Normal, surtout dans le centre des affaires, alors nous nous rabattons sur le Mac Do à deux pas ! Le Mac Do c’est le Mac Do, je ne vous décris pas, il faut bien se caler ! Café moyen et le Donuts est toujours le beignet délicieusement enrobé de sucre glace, qui vous laisse ce nuage de sucre dans la bouche, et le collant sur les doigts … mais on lèche sans se soucier du monde autour de nous !

            Etre dans la rue à une heure plutôt matinale pour l’Espagne, relève d’un plaisir à partager avec les autres, rien que par un sourire ! C’est royal ! Le ciel est bleu indigo déjà, l’air est un peu frais et les cloches de toutes les églises sonnent le début de la messe. Grands dieux … et des églises, ça ne manque pas ! Elles me rappellent les Dimanches de Pâques de mon enfance !

      Marcelle, la reine du dépliage de plan s’assure que nous sommes sur le bon chemin,
Calle del Arenal et, nez au vent, on va arriver sur la place du même nom …
quand elle se tord la cheville ! Et zut ! Voilà peut être une journée à s’asseoir sur une terrasse de café et laisser filer le temps ! Mais non, en marcheuse expérimentée, elle a toujours le « kit de secours ». Bon, mais il ne s’agit pas de traîner, car il faut faire la queue pour avoir une chance d’avoir des billets pour entrer au Monastère.  Baraka formidable, il n’y a pas trop de monde, d’autres sont repartis sans avoir de billet.

       On entre dans un salon, comme si nous étions des invités. Petit groupe constitué, guide souriante, nous voilà parties pour une bonne heure dans ce lieu magnifique et étrange en plein centre de Madrid. Cet ancien palais de la Maison d’Autriche aménagé en couvent au XVIème siècle est l’un des plus beaux musées de Madrid. C’est Jeanne, la fille de Charles Quint qui fonda cette institution qui est  toujours gérée par des religieuses et visitable par dérogation gouvernementale. Ce havre de fraîcheur et de silence nous ouvre les portes sur un bel escalier monumental, style Renaissance, je dirai style « Autant en emporte le vent » c’est plus parlant,  mais sans le Capitaine Butler … ni Scarlett  non plus !

         Des portraits de princes et princesses signés du Gréco, de Zurbaran,    pas des comiques ceux-là, mais d’une facture extraordinaire ! Les dentelles, les mains, le regard, les bijoux sont  fabuleux et vous étreignent le cœur d’un tel réalisme! Vélasquez,Goya, Le Titien et Rubens viennent compléter cette collection extraordinaire.

        Une chapelle dédiée à la Vierge de Guadalajara, des peintures en trompe-l’oeil sur les murs, des autels, des statuettes et reliques en ivoire et argent, témoignent de la magnificence de l’époque, et nous terminons par un ancien dortoir dont les cloisons furent  enlevées (les cellules, on peut le constater, ne permettaient sûrement pas de danser la valse, c’est le moins que l’on puisse dire). D’ailleurs, il n’y a que moi pour imaginer de jeunes nonnes, dansant dans cet espace ! Chantonnant peut être dans le secret de leur alcôve ? Etre mariée à Dieu n’enlève pas la fraîcheur de la jeunesse !

      Là, deux vastes salles aux murs recouverts de tapisseries flamandes, confectionnés à Bruxelles, à partir des cartons de Rubens, sur commande d’Isabelle d’Autriche, fille de Philippe II, aussi grandes et aussi belles que celles de l’Apocalypse à Angers ! Un travail merveilleux de patience, d’élégance et de beauté que l’on souhaite garder pendant des siècles encore en hommage à ces artistes réputés.

     Vingt deux clarisses y vivent encore dans une aile du monastère, et ce cloître entouré de galeries à colonnes sculptées, n’est pas sans me rappeler celui de Vérone où Roméo et Juliette se marièrent en secret ! Tant qu’à rêver, pourquoi pas ?

Impressionnant aussi, la description des lieux dans un espagnol per-lé, qui vous donne envie d’apprendre encore et encore cette belle langue ! Bien que cette jolie place soit calme et ensoleillée, tant de beauté à la fois vous jette dehors un peu ébaubi ! Il faut bien s’asseoir quelques instants  pour récupérer et réaliser ... que le Corte Ingles
 est à trente mètres de là, à portée de vue, ouvert le dimanche, et que la civilisation impitoyable va nous happer sans l’ombre d’un doute !
 
_________________________________________________________________

Escapade à Marid { 5 }

 Bon ! Ne traînons pas, le Prado n’est pas à côté, c’est Dimanche il y aura du monde … et une cheville défaillante nous accompagne. Mais il faut se nourrir un peu quoi ! Objectif : Se rapprocher du Musée et manger. Alors, re-passages cloutés, re-piou-piou, re-métro et  restaurant – café - bar à tapas, tout en un, et je peux dire que l’endroit déborde. Le service au comptoir (à la barra) n’a plus une seule place de libre, en haut le resto non plus, il nous reste une petite table, juste ce qu’il faut pour se restaurer un peu.

Là, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas des touristes, ce sont des madrilènes qui viennent se détendre un peu. Parmi tout ce monde, un grand groupe de messieurs, sirotent leur bière accompagnée de simples tapas (olives et chips) et discutent de tout et de rien, de la vie quoi ! J’adore me mêler comme ça dans la vie de tous les jours, avec des vrais gens, des gens simples, dans l’ambiance du moment de cet « ailleurs » qui fait la différence !

On commande, je vous le donne en mille, une grande portion d’omelette de pommes de terre, des boquerones (filets d’anchois cuits dans du vinaigre). Les gens normalement constitués l’accompagnent d’un bon vin de pays … moi j’opte pour un grand café au lait ! Ce n’est pas possible, dans une autre vie, j’ai dû être frustrée de café au lait !!!  Hum ! Tout ça passe bien, et nous voilà prêtes pour la visite d’un des plus importants musées du monde !

Juste là, la statue d’Eugène Sue
me regarde, je t’aime je t’aime je t’aime !!! Non, non ! ça c’est le sketch du télégramme d’Yves Montand et Simone Signoret ! Moi,
c’est la statue de Goya
qui me regarde, majestueux sur son piédestal. Il a l’air de me dire : « Alors, tu es contente ? » Et moi de lui répondre de la même manière : « Et comment ! Tout arrive dans la vie, même venir voir ta statue en face du Prado ! »

Billetterie … et nous voilà parties pour un après-midi de merveilles à découvrir, en vrai pour moi ! Pourtant il fait super beau, mais sans regrets, nous rentrons dans ce vaste hall. Contrôle magnétique de nos sacs, deux grands gaillards surveillent, et d’autres plus loin aussi. Normal, et c’est plutôt  rassurant, vu les évènements de la gare d’Atocha. Comme on ne pourra pas tout voir, il faut faire un choix sélectif si nous ne pouvions revenir dans les jours à suivre. Déjà Vélasquez et Goya ont notre préférence. Voir le plan du musée avant tout autre chose ! Il est tellement grand qu’il est mal fichu, même si chaque grand peintre à une salle attribuée pour ses œuvres ! Mais bon, droit sur Vélasquez et les Ménines !

Dieu, quelle toile ! C’est la splendeur d’un groupe de personnages représentatifs de l’époque dans UNE seule toile. Tout de suite, on remarque l’influence du Caravage, ce peintre italien. L’éclairage latéral violent produit des contrastes saisissant d’ombre et de lumière (c’est la technique du clair-obscur).

L’art baroque devient alors un moyen d’exalter la foi catholique et une arme de reconquête contre le protestantisme, cherchant à produire une émotion sur le spectateur en laissant libre cours à l’imagination. Ce tableau renferme à lui seul, personnages, époque, église, expressions, mouvement, climat, les volets sont fermés à cause de la chaleur, jusqu’à l’attitude somnolente du gros chien, malgré la jambe du nain italien Nicolas Pertusato posé sur son arrière-train. Les souverains Philippe IV et Marie-Anne d’Autriche sont reflétés dans le cadre au fond du tableau. Dans l’embrasure de la porte, c’est Nieto Velasquez, qui n’a aucune parenté avec le peintre …c’est le responsable de la garde-robe des souverains (il n’y a pas de fausse importance à l’époque).

Les Ménines ! Ah les voilà celles-ci !
Mais c’est quoi les Ménines ? Voyons ! Ce sont les demoiselles d’honneur (en portugais) qui s’occupent de l’Infante Marguerite Thérèse ! Mignonnes  les jeunes filles, et déférentes comme il se doit, étant au service, aux caprices de l’Infante peut être. L’une lui tend un petit pichet rouge, et l’autre attend de le récupérer. L’Infante blonde, tranche sur tous ces bruns, mais celle qui prend finalement une place de choix, c’est la naine allemande, Maria Bartola !!!

La Cour aime bien s’entourer d’handicapés mentaux et physiques. Ils rassurent les nobles qui seront toujours plus beaux et plus intelligents que ces gens-là. C’est cruel, mais c’était les mœurs de la Cour d’Espagne de l’époque. Maintenant, ils épousent des journalistes ou des handballeurs ! Autres temps, autres mœurs, ainsi va la vie !

Vélasquez se représente lui-même en train de peindre et plus tard il rajoutera une Croix Rouge sur son pourpoint,  quand excellent courtisan, et grand maréchal du palais, il est nommé Chevalier de l’Ordre de Santiago. En fait, les souverains peints dans le miroir sont en réalité DEVANT  le groupe, regardant Vélasquez peindre tous ces personnages, et ce génie de la peinture met tout le monde ensemble pour représenter la scène dans sa globalité. C’est futé et génial à la fois !

On poursuit cette visite sur d’autres tableaux ;Vélasquez,  brillant dans le portrait royal, excelle dans les croquis de personnages loufoques de la Cour, tels que les nains et les bouffons.

Bien entendu nous ne ratons pas les Greco, les Ribera, les Zurbaran à profusion, l’accent étant mis sur les peintres espagnols … logique, mais aussi la peinture flamande avec les Rubens, Bosch, Dürer, la peinture italienne avec Le Titien, Fra Angelico, Botticelli, Raphaël, Tintoret, Véronèse et j’en passe ! Inutile de dire, que c’est énorme, que Marcelle a fini par enlever ses chaussures discrètement, sous l’œil compatissant de quelques quidams, que nous croisons un petit grand-père perdu dans ce dédalle de salles immenses et que nous le remettons sur le chemin de la sortie !

Et nous allons terminer avec Goya ! Francisco, nous voilà, nous ne ressortirons pas sans te voir malgré la fatigue ; il fait chaud, on a soif, on patane depuis des heures, mais un effort encore et nous allons faire de grandes stations encore devant les « Majas vestidas et desnudas » (on chuchoterai que c’est la Duchesse d’Albe qui aurait posé, mais chut) !

Premier nu de la peinture espagnole … « is shocking », il ne laisse pas le public indifférent !!! Les 2 y 3 de Mayo 1808, devenus symboles de la résistance devant les troupes napoléoniennes, sont des œuvres majeures du peintre et tant d’autres. Nous terminons sur les peintures noires de la fin de sa vie après une sombre dépression, « Le Sabbat, Saturne dévorant un de ses fils, Têtes dans un paysage » etc, étonnantes par leur caractère noir justement, après cette peinture colorée qui était la sienne.

Il y a encore le rez-de-chaussée à voir, mais nous sommes trop fatiguées pour enchaîner et …nous enchaînons plutôt sur la boutique et la cafeteria, bien agréables, pour se réconforter avec un bon chocolat. Après cette pose incontournable, nous rentrons tranquillement dans ce début de crépuscule, aux couleurs d’hiver, exténuées. Avons-nous encore des pieds ? Oui bien sûr mais ils fument comme Le Piton de la Fournaise !!!

Souper au Mac Do (mais pour les Madrilènes c’est à peine l’apéro) donc pas trop de monde. Nous sommes à filmer devant les Noguets et les frites, qui à Londres, à Paris ou à Berlin, sont les mêmes !!! Nous avions plus ou moins projeté d’aller à Tolède
, mais foulure ou entorse oblige, nous renonçons, et nous en profiterons pour faire le break demain, en restant en la ville pour flâner à notre rythme et lécher quelques vitrines : on est en pleine période de « rebajas » soldes majeures de Janvier. Nous allons retrouveravec plaisir aussi, nos jolis dessus de lit à losanges et fleurettes de l’hôtel, la « pellicula » (film) de la TV espagnole… un peu chaud le film, mais les espagnols sont des gens très libérés, faut pas croire !!!

_____________________________________________________________________________

Escapade à Madrid [6]

Lundi 1er Février

 Aujourd’hui, c’est la « journée break ». Pas question de se presser comme hier où il fallait se présenter de bonne heure au Monasterio de las Descalzas Reales ! Se prélasser un peu nous fait du bien ce petit matin de Février, et dès la sortie, face à ce ciel bleu, cette journée ensoleillée nous remplit déjà de bonheur.

            En route pour un de nos petits bars à petits déjeuners de touristes ! Nous choisissons  
« La Dulcinea »,
 et sommes de nouveau au milieu de ce Madrid qui bosse. Les groupes arrivent par vagues, contents de leur pause, et moi contente d’être au milieu d’eux ! Et le serveur qui nous reçoit comme des hôtes de marque, attentionné, soucieux de notre confort.

            Petit dej copieux et typique si l’on veut c'est-à-dire de grandes tartines passées à l’huile d’olive, un bol de tomates concassées, beurre, café jus de fruits … toujours pour trois francs six sous !

            Et voilà la flânerie qui commence, le nez sur le ciel bleu, regardant les beaux immeubles (c’est là que l’on reconnaît les touristes !) Mais il y a aussi les enseignes et les affiches monumentales comme le magasin Desigual
 qui couvre toute une façade d’immeuble par exemple et j’en passe ! Quelques vitrines de chaussures (les femmes sont toujours dingues de chaussures, elles n’en ont jamais assez !) Et cap sur le Corte Ingles ! Aïe aïe aïe, porte monnaie en perdition, carte bancaire qui va fumer …mais quel bien au cœur nous allons nous faire !

Alors le Corte Ingles,
 que je vous explique - et ici c’est encore plus colossal -  il y en a plusieurs, fractionné en catégories de besoins. Il y a l’électro ménager, c’en est un, l’audio-visuel c’en est un autre, les meubles encore un, le prêt-à-porter, la bagagerie et la nourriture encore un autre (tiens ! il n’y a rien d’innocent dans le marketing !) Et l’on sillonne tous ces rayons  avec beaucoup de méthode et d’attention, trois heures durant ! Oui trois heures durant ! 

Alors Cafeteria oblige : là une petit vieux touchant nous sourit et  finit par somnoler sur son tabouret, trompant sa solitude en se mêlant au monde devant une assiette de frites; un groupe de jeunes chinois se restaure à côté de nous, la serveuse distraite manque de servir du vin dans notre tasse à café !!! Non, non ! Pitié ! Marcelle la console  en lui disant que ça s’appelle « el stress » !!! Elle rit !

            Nous quittons cet Hydre de Lerne des envies … pour éviter de dépasser notre budget !!! Nous allons à la cathédrale  La Almudena
(que je baptise moi La Badalena, parce que c’est plus facile à retenir !!!) Sur le chemin, je tombe en arrêt devant une vitrine d’objets religieux, pas loin de la Puerta del Sol !
 

Cet amoncellement me paraît d’un autre siècle, avec des vierges qui côtoient des angelots de toutes tailles, des St Joseph, des ostensoirs de toutes sortes, dorés, argentés, ciselés, des bougeoirs de même … qui me ramènent au temps de ma première communion avec la magnificence et le côté kitch  de l’époque ! Il ne manque plus que le cantique « Chez nous soyez reine » qui revient à ma mémoire avec une facilité étonnante !

            Comme il fait si beau, les contours de la Badalena se découpent avec une précision toute naturelle sur ce fond bleu indigo,
 même si elle n’est pas terrible … mais c’est là que se maria le Prince Félipe et Letizia Ortiz Rocasolano, journaliste et présentatrice de TV. De là, on domine un quartier de Madrid, qui descend en pente douce vers la vallée.

Chemin faisant, nous arrivons sur la Plaza de la Villa qui hébergeait autrefois la mairie.Malgré quelques modifications elle a gardé son style classique primitif avec ses tours autrichiennes recouvertes d’ardoises et ornées de blasons. En face, la Tour de los Lujanes qui appartenait à Alvaro de Lujan…  d’où Lujanes ! Portes gothiques, de style arabe et où François 1er fut en captivité après sa défaite à Pavie, face aux troupes de Charles Quint. C’est le Madrid des Habsbourg.

 Aujourd’hui, tous les premiers mercredis du mois, on assiste à la relève de la Garde Royale. Pas loin, le joli marché de San Miguel,
 avec ses colonnes de fer forgé et ses belles verrières qui s’était taillé la réputation de vendre du gibier quasi introuvable ailleurs. Poussant la porte, en effet, les produits sont de super qualité … donc assez chers mais rangés avec une telle symétrie de couleurs et de variétés qu’on lui pardonne ses prix … à condition de regarder seulement  (mirar y no comprar !!!)

 En marchant dans les rues, je remarque que l’emblème de Madrid, l’ours grignotant les fruits d’un arbousier,
 est un peu partout, gravé sur les trottoirs. De plus, une grande statue les représente à la Puerta del Sol. Vers la fin du IXème siècle, Madrid n’était qu’une forteresse, capitale wisigoth protégeant Tolède, au beau milieu d’une forêt dense. Elle peinait à exister face à ses voisines Tolède, Grenade, Cordoue ou Séville. Un petit ruisseau nommé Madriz serpentait au milieu des quartiers mozarabes.
Le roi Ferdinand 1er
 jugeant le lieu peu intéressant - il n’y poussait  que des « madroños » (arbousiers) -  l’échange contre un tribut au roi de Tolède en 1047. Il paraît que l’ours existait bien dans la région depuis  très longtemps.

Quelques photos sur notre chemin, sur des clochetons, des façades originales, des mimes sur la Plaza Mayor, des statues, des cireurs de chaussures, la vie de la rue en somme. Nous recherchons la Rue Miguel Moya :
 Pourquoi Moya ? Je l’avais aperçue mais je ne savais plus où, car Moya est …. le nom de mon père ! Même si ce n’est pas pour LUI que l’on a baptisé une rue bien sûr !

   Miguel Moya est un journaliste à l’origine du premier groupe de presse en Espagne, mais voir son propre nom sur une plaque de rue, après le jeune chinois croisé en Chine, à l’autre bout de la terre, portant un tee-shirt de Carlos Moya le tennisman et  qui consentit prendre une photo avec moi, relève d’heureuses coïncidences de voyage ! Et nous la retrouvons cette rue et j’en souris, très émue, comme un hommage rendu à mon père qui n’est plus.

            Nous rentrons tranquillement, les rues sont bondées de monde, la fin de journée est belle, les boutiques de fringues grandes ouvertes attirant les badauds à la recherche de LA solde intéressante qui vaudra la peine d’être choisie ! Nous tombons dans ce joli piège, justement dans cette boutique de Desigual  tellement originale, tellement colorée, tellement tentante ! avec la devise toute aussi originale que modeste (!!!) " Madrid no es igual y tu tampoco! " Si tentante que nous ne ressortons pas bredouilles ! Fatal !!! Mais les Espagnols diraient : fenomenal, parce que c’est un acte qui nous rend heureux ! c’est pas beau ça ?

Il est tard, le rose du crépuscule s’assombrit pour annoncer la soirée ! Nous avons notre compte pour aujourd’hui. On va s’occuper de nos pieds avant tout autre chose, partager un repas de midinette et regarder la TV : être informé de ce qui se passe dans ce pays est la moindre des choses ! 

___________________________________________________________________________

  Mardi 2 Février

  Hop ! Lever 8h 30 ! J’ouvre les volets, il fait bleu et frais, et le bleu est déjà intense ! Un vrai bonheur immédiat. Cadeau ! Direction le « Rincon de Abulense » pour le petit déjeuner, toujours copieux, toujours dans la même ambiance et à une demi-heure près, ce ne sont pas les mêmes habitués que nous croisons.

            Mais le bar est toujours aussi bondé, avec ses habitudes qui se perpétuent chaque jour, même ambiance active, même serveur qui nous donne du « Guapa », du « Reina » du « Cariño» en veux-tu en voilà … avec ce sourire de bienvenue qui nous épate toujours autant et cette déférence toute ibérique, chaleureuse, souriante et chatoyante de toute la grâce de l’Espagne !

   Maintenant, direction le musée Thyssen-Bornemisza

 

 - fondation, famille de mécènes dont les collections ont été rachetées par l’Etat espagnol depuis 1993.

 Ce Palais de Villahermosa

 

est un bel exemple de l’architecture néo-classique madrilène, dont l’essentiel de la collection ( 800 œuvres) se partagent l’édifice restauré par l’architecte Rafael Moneo

 

et adapté à ses nouvelles fonctions muséales. Dans le hall, de tout jeunes enfants jouent et se préparent à la visite avec leur institutrice. Belle initiative de culture picturale, dont il restera un petit morceau, quelque part, plus tard, et peut être le goût ou la curiosité d’en savoir davantage !

 Et là, durant quatre heures, ce sont de pures merveilles qui enchanteront nos yeux et nos cœurs, car on ne peut pas rester indifférents devant tant  de talent, tant de génie même, de beauté et de savoir faire ! Capter la lumière, faire vivre un regard, un sourire ou une solennité dans le port de tête, apprivoiser une zone d’ombre pour mieux mettre en lumière certains détails, reproduire  des dentelles, des bijoux, relève du génie (pour moi qui ne sais dessiner  qu’un chat, avec deux ronds, deux triangles pour les oreilles et un trait prolongé approximatif pour la queue) … chacun dans sa facture, dans celle de son époque ou plus novatrice … donc révolutionnaire !

S’étaleront devant nous des Giotto, la peinture vénitienne du XVIIIe, Canaletto et Venise

Dürer et sa peinture religieuse, flamande avec Van Eyck et ses diptyques, Ghuirlandaïo et ses portraits magnifiques. La peinture française et espagnole sont aussi à souligner, ainsi que la peinture hollandaise, qui est un des domaines les plus important du Musée. Les impressionnistes et post-impressionnistes ne sont pas oubliés, et nous terminerons avec la peinture du XXe, cubisme et mouvements d’avant-garde jusqu’au Pop Art. Nous avons pu voir pêle-mêle Du Fantin-Latour

Caravage, Rubens, Van  Gogh, Degas, Toulouse Lautrec, Renoir, Monet, Kandinsky, Mondrian, Happer, encore et encore, j’en oublie bien sûr ! Il faut déguster tout cela … mais devant un chocolat !

 

Le chocolate con churros...nous connaissons déjà depuis longtemps, mais il faut aller dans une churreria pour cela ! Nous attendons l’ouverture  de l’église  de San Jeronimo, juste au dessus du Prado, mais nous avons le temps de nous promener dans le Parc del Buen Retiro

splendeur passée du Siècle d’Or. Cette fin d’après-midi est douce, bleue et lumineuse à souhait pour apprécier ce magnifique parc, que la Cour utilisait pour donner des fêtes et des représentations théâtrales. Un lac agrémente ce parc qui servait autrefois aux naumachies, sortes de joutes navales, mais aujourd’hui des barques  naviguent tranquillement entre cygnes et canards ! Le dimanche, les Latinos s’y retrouvent pour pique-niquer, les catalans pour danser leur sardane, et les musiciens ambulants et mimes … pour distraire tout le monde.

Et dans ce décor de verdure, calme et accueillant  se cache el Palacio de Cristal, grande serre élégante qui renfermait des fleurs des Philippines depuis 1635. Aujourd’hui, c’est un lieu d’expositions ! Tout ce verre en arrondis et soubassements recouverts d’azulejos étourdit un peu par cette savante association ! Des Italiens en voyage se taisent un peu devant cette éclaboussure de lumière au détour d’une allée ombragée…et de la police à cheval, qui passe nonchalamment pas loin de nous !

 

Retour tranquille vers l’Eglise des Jeronimos

.

Elle est réputée pour ses mariages célèbres en ses lieux, l’intronisation des monarques, mais en fait en dehors de sa façade dentelée, très gothique elle n’a rien de spécial qui justifierait de la visiter. De beaux vitraux quand même, et des concerts d’orgues pour son acoustique exceptionnelle !

Retour sur le Prado pour acheter quelques marque-pages à la boutique, et c’est en feuilletant un livre qu’on réalise avec étonnement que nous avons raté tout un ensemble de toiles de Goya !!! Comment ? C’est-y Dieu possible ! La fatigue commence à se manifester, mais tant pis, nous ne pouvons partir sans voir ces toiles et cartons pour tapisseries royales colorées comme « El quita sol »

décors champêtres et légers du célèbre maître, qui s’est inspiré des mœurs et des coutumes populaires de son temps ! Ce musée est tellement mal fichu que nous ne sommes pas étonnées d’avoir raté toute une aile du Prado consacrée à Goya. Et nous avons eu raison d’insister, car le détour en valait la peine.

Nous repartons demain, mais même cahin-caha, il faut se plonger dans le quartier de la Plaza Santa Annahaut lieu des artistes et des associations littéraires, rues animées et bars bondés au point que parfois on sort sur la place, le verre à la main et il n’est pas rare qu’il y ait de fabuleux embouteillages à 4 heures du matin pour y accéder ! C’est le quartier de la « movida »

cher au cinéaste Pedro Almodovar.

Cette place regorge de terrasses animées, de jour comme de nuit.

 La statue de Federico Garcia Lorca

fait face au théâtre espagnol construit en 1869. Parfois le théâtre est dans la rue et en d’autres temps, le spectacle se faisait à ciel ouvert …et s’il ne plaisait pas, le public « punissait » les mauvais acteurs !!! Dans tout ce large espace il y a la maison de Cervantes et du dramaturge du Siècle d’Or Felix Lope de Vega … mais nous n’avons rencontré, ni Don Quichotte, ni Almodovar ! En revanche, nous avons bien mangé dans un de ces bars et bodegas si accueillants !

 Dans le domaine du festif, il y a le « bakalao » pas la morue non, mais un style de mélodies répétitives sur un tempo martelé sans fin et les mordus du genre n’hésitent pas à effectuer une nuit  « la ruta del bakalao » parcours du joyeux combattant, jalonné de bars et de boîtes qui peuvent vous amener à faire le tour de Madrid. C’est l’emblème d’un style de vie qui revendique l’intensité des week-ends, pour oublier la morosité des contraintes professionnelles de la semaine !

Retour par la Puerta del Sol

chemin le plus court pour rejoindre notre hôtel. Nos pieds fument, mais les détours n’étaient pas inutiles. Une dernière embrassade des alentours, pour s’en prendre plein les mirettes et ne pas oublier, pendant longtemps, la convivialité de cette ville et le plaisir des Madrilènes « d’être ensemble ».

Nous aurons encore droit au « Rincon de Ambulense » demain … à la foule sympa et à un dernier « Guapa » doublé d’un sourire d’enfer, un regard attendri sur le Métropolis et la fontaine de la Cibeles, une dernière boutade à l’aéroport en enlevant nos bottes et manteau sur l’injonction de la police, qui passe la main dans mes cheveux … des fois que j’y aurais caché Dieu sait quoi, (on devrait venir en pyjama à l’embarquement, ce serait plus rapide ! ) un ciel bleu, mais bleu, si bleu que nous le transporterons avec nous pour le confondre avec celui de France, au-dessus des Pyrénées sans un nuage, où lacs, éolienneset minuscules villages vues d’en haut resteront au fond de notre mémoire dans un joli moment partagé et si d’aventure il s’effaçait un peu … les photos seront là pour en témoigner !

   <<Muere lentamente quien no viaja,
     Quien no lee,

     Quien no oye música,

     Quien no encuentra gracia en sí mismo....” 

  « Meurt lentement, celui qui ne voyage pas

     Celui qui ne lit pas,

     Celui qui n’écoute pas de musique

      Celui qui ne sait trouver grâce à ses yeux …»

Pablo Neruda.

 

Textes d'Arlette .X 

******************************************************************************************************

Retour à l'accueil

LE CHANT DU POETE

     

Très beau texte : de Yolande VERCASSON


LE CHANT DU POETE

Viens chanter avec moi des airs de barcarole
laissons partir des mots sur un chant d'infini
Nous boirons l'hydromel à la blanche corolle
Du lys qui nous promet un amour rajeuni.

Viens chanter avec moi la berceuse des anges
Nous prolongerons loin les instants de repos
Sous le diapason d'un concert de mésanges
qui rythmera nos vers et nos doux à-propos.

Viens changer avec moi des odes de tendresse
Pour retrouver nos joies et nos effusions
Laissons fleurir le jour puisque le temps s'empresse
de retisser l'ardeur de nos évasions.

Viens chanter avec moi la ballade de l'aube
La rosée brillera de mille diamants
J'en couvrirais ton front, j'en sèmerai ta robe
sertis comme joyaux sur le cœur des amants

Il sera temps alors, dans une quintessence,
De porter tous ces chants au crédit de nos jours
Et chacun, tour à tour, en sublime cadence
Deviendra le garant de nos tendres amours
 

& Lien versà Poèmes : de Paulinette

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus